En France, l’accès aux soins pour tous constitue l’un des fondements de notre système de santé, avec un principe de solidarité inscrit aussi bien dans la législation que dans la culture médicale. Pourtant, au contact du terrain, il devient évident que certaines franges de la population demeurent confrontées à de nombreux obstacles pour accéder à des soins adaptés : précarité économique, isolement géographique, absence de couverture sociale, situations migratoires, troubles psychiques ou handicap. Selon la DREES [DREES, 2023], près de 5 millions de personnes rencontrent chaque année des difficultés d’accès aux soins, au sens large.
Trois dispositifs concrets structurent la réponse à ces inégalités : les PASS (Permanences d’Accès aux Soins de Santé), les centres de santé et les équipes mobiles. Ils illustrent la volonté du système de santé d’aller au-devant des besoins, d’adapter l’offre de soin, de permettre à chacun — même en situation de vulnérabilité — de bénéficier d’un accompagnement. Mais ces dispositifs sont aussi le reflet des défis persistants et des innovations qui émergent pour y répondre.
Les Permanences d’Accès aux Soins de Santé (PASS) sont nées en 1998, dans le cadre de la lutte contre l’exclusion. Leur mission première est d’assurer un accès aux dispositifs de santé — hospitaliers ou ambulatoires — pour les personnes en situation de grande précarité. On les retrouve aujourd’hui dans la quasi-totalité des CHU (centres hospitaliers universitaires), la majorité des centres hospitaliers, et progressivement certaines structures du secteur privé non lucratif.
Le modèle repose sur l’interdisciplinarité : une équipe comprenant médecins, infirmiers, travailleurs sociaux, parfois médiateurs en santé, intervient en lien avec les services hospitaliers classiques. Le budget des PASS est financé à la fois par l’État et par l’Assurance Maladie.
Les PASS jouent un rôle crucial, mais rencontrent plusieurs obstacles : surcharge des structures, délais d’attente pour certains soins spécialisés (notamment les soins psychiques ou la dentisterie), difficulté à pérenniser l’accompagnement au long cours, complexité administrative persistante.
En tant que médecin généraliste, il m’arrive fréquemment d’orienter des patients vers une PASS pour leur permettre une première prise de contact (Maëlle). Mais si l’étape de l’accueil est souvent efficace, le passage vers un suivi pérenne en médecine de ville demeure fragile — faute de relai effectif ou par crainte d’un parcours trop complexe.
À côté des PASS hospitalières, les centres de santé offrent une réponse complémentaire, structurée autour de leur mission d’accessibilité universelle, sans dépassements d’honoraires ni discrimination tarifaire. Ils sont souvent implantés dans des quartiers prioritaires, des zones sous-dotées, ou des territoires ruraux.
Les centres de santé font face à plusieurs défis : difficultés de recrutement (notamment de médecins généralistes), contraintes financières parfois importantes, diversité des modèles de gestion qui peut limiter la lisibilité pour les patients. Le risque d’un « double système » (centres pour précaires vs médecine libérale pour les autres) est régulièrement soulevé et mérite attention.
Certaines populations ne se déplacent pas, ou très difficilement, vers les dispositifs classiques. C’est dans cette optique que se sont développées depuis quinze ans les équipes mobiles, résolument tournées vers l’« aller-vers ». Ces équipes investissent la rue, les camps, les foyers, les établissements d’accueil, ou encore le domicile pour prendre en charge des personnes en grande précarité, sans-abri, en situation de migration ou d’isolement psychique.
| Dispositif | Population cible | Modalité d’accès | Nature des soins | Soutien social |
|---|---|---|---|---|
| PASS | Personnes en grande précarité, sans couverture sociale | Accès direct, sans conditions, en établissement hospitalier | Soins médicaux de base et spécialisés | Oui, via équipe médico-sociale dédiée |
| Centre de santé | Public général, focus sur précarité / zones sous-dotées | Accès libre, sur place, mode ambulatoire | Soins courants, prévention, suivis spécialisés | Oui, via assistantes sociales / médiateurs |
| Équipe mobile | Personnes « hors circuit » ou très isolées | « Aller-vers » — rue, domicile, centre d’hébergement | Soins de base, évaluation, accompagnement | Oui, souvent au cœur du dispositif |
L’accès aux soins des populations vulnérables ne peut reposer sur un seul outil. Les PASS, centres de santé et équipes mobiles constituent autant de réponses, chacune adaptée à une facette des besoins, mais dont la complémentarité construit une approche réellement inclusive. Ce sont d’abord des interfaces. Plus leur articulation sera fluide, plus les parcours de soin gagneront en fiabilité, en continuité et en humanité.
Par ailleurs, le défi reste immense. Augmentation de la précarité, fragilité du maillage médical, tensions budgétaires, mutation des profils de vulnérabilité : la pertinence de ces dispositifs dépendra de leur capacité à évoluer, à innover, mais surtout à maintenir ce qui en fait la force : l’écoute, la présence, la simplicité d’accès, l’adaptation constante au réel.
La santé publique, en France, ne se résume pas à des lois ou à des chiffres. Elle s’exprime d’abord dans les situations concrètes : un migrant régularisé grâce à une médiatrice, une maman isolée orientée vers des soins psychologiques, un homme sans domicile renouant avec la prévention. Chaque pas gagné dans l’accès aux soins pour les plus vulnérables nous concerne tous. Car la confiance — celle qui unit soignants, institutions et patients — se construit, chaque jour, par la capacité à répondre là où le besoin existe.
— Sources principales : DREES, Ministère de la Santé, Fédération Addiction, Data.gouv.fr, ATIH