La notion de confiance entre soignant et soigné se construit autant dans la relation de soins que dans la qualité des messages transmis. Le rapport 2021 de l’Ordre national des médecins alertait déjà sur un glissement inquiétant : 47 % des Français expriment des doutes sur la fiabilité des informations médicales auxquelles ils accèdent, citant la confusion entre opinions, expériences personnelles et résultats scientifiques (Conseil national des médecins).
À l’échelle locale, cette défiance se cristallise parfois :
Pourquoi dès lors est-ce aux professionnels de santé de structurer cette information ? Parce qu’ils disposent à la fois de l’expertise scientifique et de la connaissance fine du contexte local. Cette position de « tiers de confiance » est confirmée depuis plusieurs années par des études (Baromètre santé 2021 : 84 % de la population considère leur médecin traitant comme la source la plus fiable).
Élaborer une information médicale fiable commence toujours par le choix des sources. Cependant, la simple transmission d’une étude ou d’une recommandation n’est pas suffisante : il s’agit de la traduire, de la contextualiser.
La pédagogie n’est pas une simplification abusive. À titre d’exemple : lorsqu’il s’agit d’expliquer les risques relatifs d’une vaccination, il est faux de les rapporter uniquement aux bénéfices directs. Il faut aussi intégrer la notion de bénéfice collectif (immunité de groupe), d’équité (accès égal aux soins), et d’incertitude (tolérance individuelle variable). Autant de dimensions que nous tâchons d’intégrer dans chaque explication.
Au-delà de la rédaction individuelle, le fait de relire à plusieurs pairs (autres médecins, pharmaciens, infirmiers, médiateurs santé) permet de repérer biais, approximations ou imprécisions. Cette étape est incontournable tant pour la production d’un document (brochure, affichage, article de blog) que pour la préparation d’une communication orale. Des exemples concrets :
La connaissance du territoire permet d’adapter le contenu, la forme et le canal d’information. Cela passe par :
En France, près de 20 % des adultes présentent des difficultés de compréhension du langage médical (INSEE, 2023). Structurer un message efficace, c’est donc :
| Canal | Points forts | Limites |
|---|---|---|
| Ateliers de proximité | Interactivité, confiance | Nombre limité de participants, mobilisation logistique |
| Documents imprimés | Permanence, accessibilité | Moins interactif, risque d’obsolescence |
| Médias locaux | Large portée, rapidité | Difficulté de corriger l’erreur, messages synthétiques |
| Réseaux sociaux | Instantanéité, dialogue possible | Bruits d’information, modération nécessaire |
La propagation de fausses informations médicales — « infodémie », pour reprendre le terme de l’OMS — ne concerne pas seulement les grandes crises sanitaires. Elle accompagne, au quotidien, les annonces de nouveaux traitements, de campagnes de dépistage, de rappels réglementaires.
À l’échelle locale, la lutte contre la désinformation suppose :
En 2022, près de 59 % des personnes âgées de 50 à 74 ans n’avaient jamais réalisé de test de dépistage du cancer colorectal (Santé publique France, 2022). Sur certains territoires, la diffusion de fausses idées (« c’est douloureux », « inutile sans symptômes », etc.) a été freinée par :
Produire de l’information fiable ne signifie pas imposer un savoir, mais créer un espace sécurisé où les différences d’avis et la critique peuvent s’exprimer.
Le doute est inhérent à la science. Prétendre le contraire expose à une perte de confiance dès la première contradiction apparente. Lorsque l’on explique, par exemple, que certaines données sont encore en cours d’évaluation (traitement novateur, impact réel d’un nouveau vaccin), il est essentiel de préciser comment se construit le consensus, ce qui est établi... et ce qui ne l’est pas encore.
Les enjeux éthiques sont omniprésents : choix individuel (se faire vacciner ou non), confidentialité, accès égal à l’information. Toute communication locale doit garantir :
Face à la multiplication des canaux d’information, et à l’accélération des crises sanitaires, la réflexion sur la production locale d’informations fiables ne doit pas être dissociée des grands enjeux de société : fracture numérique, polarisation des avis, remise en cause des institutions.
Des dispositifs tels que les « communautés professionnelles territoriales de santé » (CPTS) ou les « conseils locaux de santé mentale » montrent qu’une réponse collective améliore l’accès et la confiance de la population envers les messages de santé. Cependant, il reste à renforcer la formation initiale et continue des professionnels à la communication scientifique, à valoriser les compétences des médiateurs en santé et à sanctuariser le temps dédié à ces missions au sein des pratiques cliniques et des organisations.
La production et la diffusion locale d’une information fiable relèvent d’un équilibre subtil : rigueur des faits, ouverture au dialogue, adaptation permanente au territoire. Chaque professionnel de santé, chaque acteur impliqué à l’échelle locale, porte une parcelle de cette responsabilité — et une formidable opportunité d’agir, concrètement, pour une société mieux informée, plus sereine face à la complexité et plus confiante envers sa propre capacité à comprendre et à choisir.